Vers 1983-1984, Ahmad Shah Massoud abandonne les actions coup de poing pour adopter une stratégie plus offensive, organisée autour d'unités mobiles professionnelles, dont le but était d'éparpiller les troupes soviétiques sur plusieurs fronts. L'attaque contre le fort de Pechgur en 1985 lui permet de tester la coordination et l'efficacité de ses hommes qui allaient porter la guerre en dehors du Panjsher.
Le camp de Pechgur était protégé par des chars d'assaut (dont certains étaient enterrés), des obusiers (efficaces pour déloger les assaillants retranchés dans les montagnes entourant le fort), des mines, un réseau de barbelés et des sacs de sable. Il était défendu par 500 soldats de l'armée afghane.
A peu près autant de moudjahidin furent impliqués dans cette opération qui débuta au crépuscule (pour éviter les redoutables hélicoptères de combat soviétiques). Tout d'abord le pilonnage fut concentré sur les émetteurs radio et les routes de ravitaillement afin d'isoler le fort. Ensuite, une fois ces premiers objectifs neutralisés, les moudjahidin s'attaquèrent aux 10 postes avancés qui entouraient le fort. Puis, l'artillerie lourde visa le fort qui tint jusque tard dans la nuit. Les défenses ainsi prises à revers, les hommes du commandant Massoud purent ouvrir une brèche. 110 soldats furent faits prisonniers (ils moururent aux mains des moudjahidin lors d'une contre offensive soviétiques). Massoud, ayant prouvé sa capacité d'action, abandonna le fort. Quelques semaines après cette démonstration, les Soviétiques lancèrent en représailles l'offensive Panshir 9.
Fort de cette maîtrise tactique et sûr de l'efficacité de ses hommes, Ahmad Shah Massoud entreprend de sortir de sa base du Panjsher. En 1986 il remporte des victoires probantes à Farkhar (province de Takhar) et Nahrin (province de Baghlan). Il continue à étendre son influence hors du Panjsher en 1987 grâce à la création de la Shura-i Nazar (Conseil de supervision) qui accueillit des commandants locaux de tous bords, transcendant la logique des partis. L'objectif de la Shura était de fédérer des commandants afin de mener des opérations de plus grande envergure. En même temps, la Shura permit à Massoud de lutter plus efficacement contre Gulbuldin Hekmatuyar qui ne se privait pas d'attaquer ses positions (En septembre 1981, le commandant Massoud dut affronter en même temps une offensive soviétique et les combattants d'Hekmatyar). Ce Conseil de supervision, outre ses fonctions militaires, se doublait d'une fonction administrative, recréant ainsi un semblant de structure étatique.
En 1990, il tenta d'aller plus loin en créant, avec les commandants Jalalouddine Haqqani (Hezb-i Islami faction Khales) et Bilal Nayram, le Conseil des commandants. La création de cet organe répondait à l'incapacité des responsables politiques des partis à s'entendre en vue de prendre le pouvoir après le départ des soviétiques. Le Conseil des Commandants ouvrit une représentation à Peshawar. Son bureau politique fut dirigé par Younous Qanouni, un proche du commandant Massoud qui fut aussi le porte parole attitré du Conseil. Néanmoins, son influence ne pénétra que modestement dans le sud et l'ouest du pays (en dépit de la présence d'Ismaël Khan). De plus, les chiites hazaras ne souhaitèrent pas adhérer à cette nouvelle structure. Néanmoins, Ahmad Shah Massoud étendit son influence aux provinces de Badakhshan, Kunduz, Takhar, Baghlan, Balkh et Samangan. Il pouvait aborder en position de force la fin du règne du président communiste Najibullah.