1- L'apprentissage

1- L'apprentissage
Ahmad Shah Massoud est né en 1953 à Jangalak, petite localité de la vallée du Panjsher, dans une famille de notables (son père était colonel dans l'armée afghane). Il passe une partie de son enfance à Kaboul (où il fut voisin du futur président communiste Najibullah) puis il intègre le lycée français Istiqlâl. Par la suite, il s'inscrit au Lycée polytechnique de Kaboul pour suivre des études d'architecte qu'il ne terminera pas.

Au début des années 70, il rejoint les mouvements islamistes (en 1973, il tente de rallier des officiers à la cause islamiste) qui, à partir de 1974, doivent faire face à la répression orchestrée par le régime Daoud. A l'instar d'un grand nombre de dirigeants islamistes, Ahmad Shah Massoud prend le chemin du Pakistan.

Il retourne en Afghanistan en juillet 1975 pour participer à la tentative de coup d'Etat. Avec 37 hommes, il se voit attribuer son Panjsher natal comme zone d'action. Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1975, il s'empare du poste de Rokha situé dans la partie centrale de la vallée (deux autres groupes s'occupaient du haut et du bas de la vallée). Mais, au petit matin, la population locale prend les islamistes pour des brigands, appelle l'armée à la rescousse et s'allie à elle pour les chasser. Massoud et ses hommes prennent la fuite et trouvent refuge au Pakistan.

L'année suivante, Hekmatyar l'accuse d'avoir trahi le mouvement islamiste. Pour étayer ses accusations, il s'appuie sur les aveux d'un proche de Massoud (Jân Mohammad qui sera assassiné plus tard par Hekmatyar) obtenus sous la torture. Massoud est arrêté mais parvient à échapper à la mort.

On le retrouve en 1978 dans la province de Kunar qui fut la première à prendre les armes contre les communistes. Il se signale ensuite dans le Nouristan où il adopte le pakol, la coiffe typique de cette région. En 1979, il rejoint le Panjsher où il se débarrasse des groupes maoïstes rivaux, avant de devenir la figure la plus connue des Moudjahidin en Occident.

# Posté le samedi 30 septembre 2006 07:07

Modifié le samedi 30 septembre 2006 13:06

2- Organisation et tactique : les années de lutte contre les Soviétiques (part 1/2)

2- Organisation et tactique : les années de lutte contre les Soviétiques (part 1/2)
Pratiquement inexpérimenté, Ahmad Shah Massoud va, entre 1980 et 1982, jeter les bases de l'organisation et peaufiner la tactique militaire qui allait construire sa légende.


Dans un premier temps il met en pratique les tactiques de guérilla de Giap, Ho Chi Minh ou de Sun Zi, apprises en autodidacte, en harcelant les convois soviétiques qui ralliaient Kaboul par la route de Salang. Il a appris qu'il ne fallait pas affronter de face une ennemi supérieur, mais qu'il est préférable de le laisser pénétrer à l'intérieur de ses lignes de défense pour mieux l'isoler de ses lignes arrières. Rapidement, ses succès ont attiré l'attention de l'état major soviétique qui lança six opérations sur le Panjsher entre 1980 et 1983.


Outre son génie militaire, Massoud fait preuve d'aptitudes pour l'organisation. Assez rapidement il met en place une armée régulière dotée d'une chaîne de commandement structurée, et d'unités mobiles. De plus, il organise un réseau de renseignement de premier plan (du simple citoyen aux généraux afghans et soviétiques). Cette organisation est illustrée par le déroulement de l'offensive Panjsher 7.


Les soviétiques préparaient, pour avril 1984, une offensive d'envergure sur le Panjsher alors que la trêve conclue avec Massoud l'année précédente touchait à sa fin (Massoud n'avait pas souhaité la proroger). Ce dernier, averti de l'imminence des bombardements par ses espions, ordonne l'évacuation des villageois vivant à l'entrée et dans la partie basse de la vallée. Le 19 avril il tend une embuscade à un convoi de carburant qui empruntait la route de Salang. 70 camions furent détruits. Il fait sauter deux ponts avant d'organiser, le 20 avril, le repli de ses 5 000 combattants dans les montagnes ou les vallées avoisinantes.



Au même moment la vallée est soumise à un terrible bombardement aérien. 36 bombardiers à haute altitude TU-16 Badger déversent un tapis de bombe sur le Panjsher, secondés par des chasseurs-bombardiers Su-24 Fencer, spécialisés dans l'attaque de villages à la bombe incendiaire de 500 kg, des Su-25 Frogfoot ainsi que toute la panoplie des hélicoptères soviétiques. Ce dispositif aérien est piloté depuis des Antonov An-12 transformés en QG volants.


Les bombardements sont le prélude à une offensive terrestre dans laquelle les soviétiques engagent 20.000 soldats, dont 5000 Afghans. Entre le 22 et le 30 avril, les colonnes blindées soviétiques s'avancent jusqu'à Khenj. Elles ont parcouru 60 km en 8 jours. Des mines et des attaques sur leurs flancs ralentissent la progression soviétique appuyée par des unités héliportées. L'une d'entre elles est envoyée en amont à Dash-i-Ravat. Mais, coupé de sa base arrière (Dash-i-Ravat est à 20 km de Khenj), elle est taillée en pièces par les moudjahidin. Jusqu'au 7 mai, les soviétiques et l'armée afghane essaient de prendre au piège les hommes du commandant Massoud en progressant dans les vallées voisines. Mais, ne parvenant pas à leurs fins, ils abandonnent le Panjsher et les vallées voisines, tout laissant des troupes afghanes dans des positions fortifiées à Anawa, Rokha, Bazarak et Pechgur.
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# Posté le samedi 30 septembre 2006 07:09

2- Organisation et tactique : les années de lutte contre les Soviétiques (part 2/2)

2- Organisation et tactique : les années de lutte contre les Soviétiques (part 2/2)
Vers 1983-1984, Ahmad Shah Massoud abandonne les actions coup de poing pour adopter une stratégie plus offensive, organisée autour d'unités mobiles professionnelles, dont le but était d'éparpiller les troupes soviétiques sur plusieurs fronts. L'attaque contre le fort de Pechgur en 1985 lui permet de tester la coordination et l'efficacité de ses hommes qui allaient porter la guerre en dehors du Panjsher.

Le camp de Pechgur était protégé par des chars d'assaut (dont certains étaient enterrés), des obusiers (efficaces pour déloger les assaillants retranchés dans les montagnes entourant le fort), des mines, un réseau de barbelés et des sacs de sable. Il était défendu par 500 soldats de l'armée afghane.

A peu près autant de moudjahidin furent impliqués dans cette opération qui débuta au crépuscule (pour éviter les redoutables hélicoptères de combat soviétiques). Tout d'abord le pilonnage fut concentré sur les émetteurs radio et les routes de ravitaillement afin d'isoler le fort. Ensuite, une fois ces premiers objectifs neutralisés, les moudjahidin s'attaquèrent aux 10 postes avancés qui entouraient le fort. Puis, l'artillerie lourde visa le fort qui tint jusque tard dans la nuit. Les défenses ainsi prises à revers, les hommes du commandant Massoud purent ouvrir une brèche. 110 soldats furent faits prisonniers (ils moururent aux mains des moudjahidin lors d'une contre offensive soviétiques). Massoud, ayant prouvé sa capacité d'action, abandonna le fort. Quelques semaines après cette démonstration, les Soviétiques lancèrent en représailles l'offensive Panshir 9.

Fort de cette maîtrise tactique et sûr de l'efficacité de ses hommes, Ahmad Shah Massoud entreprend de sortir de sa base du Panjsher. En 1986 il remporte des victoires probantes à Farkhar (province de Takhar) et Nahrin (province de Baghlan). Il continue à étendre son influence hors du Panjsher en 1987 grâce à la création de la Shura-i Nazar (Conseil de supervision) qui accueillit des commandants locaux de tous bords, transcendant la logique des partis. L'objectif de la Shura était de fédérer des commandants afin de mener des opérations de plus grande envergure. En même temps, la Shura permit à Massoud de lutter plus efficacement contre Gulbuldin Hekmatuyar qui ne se privait pas d'attaquer ses positions (En septembre 1981, le commandant Massoud dut affronter en même temps une offensive soviétique et les combattants d'Hekmatyar). Ce Conseil de supervision, outre ses fonctions militaires, se doublait d'une fonction administrative, recréant ainsi un semblant de structure étatique.

En 1990, il tenta d'aller plus loin en créant, avec les commandants Jalalouddine Haqqani (Hezb-i Islami faction Khales) et Bilal Nayram, le Conseil des commandants. La création de cet organe répondait à l'incapacité des responsables politiques des partis à s'entendre en vue de prendre le pouvoir après le départ des soviétiques. Le Conseil des Commandants ouvrit une représentation à Peshawar. Son bureau politique fut dirigé par Younous Qanouni, un proche du commandant Massoud qui fut aussi le porte parole attitré du Conseil. Néanmoins, son influence ne pénétra que modestement dans le sud et l'ouest du pays (en dépit de la présence d'Ismaël Khan). De plus, les chiites hazaras ne souhaitèrent pas adhérer à cette nouvelle structure. Néanmoins, Ahmad Shah Massoud étendit son influence aux provinces de Badakhshan, Kunduz, Takhar, Baghlan, Balkh et Samangan. Il pouvait aborder en position de force la fin du règne du président communiste Najibullah.
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# Posté le samedi 30 septembre 2006 07:10

3- Les années de pouvoir (part 1/7)

3- Les années de pouvoir (part 1/7)
Première bataille de Kaboul

Dans la course qui s'engageait pour être sacré Fateh-i Kaboul (libérateur de Kaboul), Massoud bénéficia de l'appui décisif de Rachid Dostom qui rallia la Shura-i-Nazar. Son adversaire se nommait Gulbuldin Hekmatyar. Ce dernier lance une offensive dans la nuit du 24 au 25 avril depuis ses positions du Logar en dépit de la signature des Accords de Peshawar le 24 au soir qui lui garantissaient le poste de Premier ministre pour une durée de 6 mois. Face à cette offensive, le tout jeune gouvernement moudjahidin décide de créer un Conseil pour la sécurité de Kaboul, composé de commandants de 6 partis (Massoud pour le Jamiat, Abdoul Haq pour le Hezb-i Islami faction Khales, Didar pour le Jabha, Haji Cher-Alam pour l'Ittihad, le Mawlaoui Seddiqullah pour le Harakat, et ,enfin, Chah Rokh pour le Mahaz), et placé sous la direction d'Ahmad Shah Massoud, ministre de la Défense en titre. Grâce au pont aérien mis en place par Rachid Dostom, les troupes gouvernementales parviennent à repousser le Hezb-i Islami le 26 avril au soir (le général Baba Jan joua aussi un rôle important aux côtés des forces gouvernementales). Ahmad Shah Massoud venait de remporter la première bataille de Kaboul, six autres allaient suivre.
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# Posté le samedi 30 septembre 2006 07:13

Modifié le samedi 30 septembre 2006 07:48

3- Les années de pouvoir (part 2/7)

3- Les années de pouvoir (part 2/7)
Deuxième bataille de Kaboul


Le 10 août 1992, pour manifester sa désapprobation face au maintien des combattants du Jumbesh-i Melli de Rachid Dostom à Kaboul, Gulbuldin Hekmatyar lança une offensive sur la capitale qui prit fin le 23 août par la conclusion d'un cessez le feu (applicable le 29 août). L'efficacité des miliciens de Dostom (surnommés les nettoyeurs) avait une nouvelle fois encore permis d'enrayer la tentative du Hezb-i Islami. Ces combats firent 2 400 morts et 9 000 blessés. Ils provoquèrent la fuite de milliers de Kaboulis, ainsi que la fermeture des principales représentions diplomatiques.

# Posté le samedi 30 septembre 2006 07:13

Modifié le samedi 30 septembre 2006 07:49